Anne Rearick, une expo événement au Carmel de Libourne

Anne Rearick est une photographe américaine née en 1960 à Caldwell dans l’Idaho. S’inscrivant dans la grande tradition de la photographie documentaire, elle travaille sur des projets au long cours, préférant, et de loin, l’approfondissement des relations humaines au zapping touristique. Creusant son sujet pendant plusieurs années, Rearick privilégie la mise en retrait du photographe à la position de surplomb. Et si elle se fixe, à l’occasion, une thématique précise, à l’image de sa plongée fascinante dans le monde de la boxe amateur qui lui valut l’obtention d’une bourse Guggenheim, la photographe reste attachée au simple plaisir de la rencontre. Que ce soit aux États-Unis, en Afrique du Sud ou au Pays basque, elle porte un même regard bienveillant sur les individus pour donner des images qui veulent avant tout dire le plaisir de l’instant et la qualité du contact humain.

Titulaire d’un « Master of Fine Arts », Anne Rearick enseigne la photographie et le cinéma à Boston depuis vingt-cinq ans. Parmi les nombreuses récompenses obtenues au cours de sa carrière, citons le prix Roger-Pic décerné par la Scam (société civile des auteurs multimédia) pour sa série sur les townships d’Afrique du Sud, le prix European Mosaique et la bourse Fulbright/Annette Kade pour son travail sur le Pays basque. Photographe maintes fois primée, elle a été publiée dans le New Yorker, Vanity Fair, le New York Times, mais aussi, en France, dans les quotidiens Le Monde et Libération.

Deux monographies de son travail ont été publiées : Miresicoletea (aux éditions Atlantica en 2003) et Townships (aux éditions Clémentine de la Féronnière en 2016). Une carte blanche lui a été confiée en 2017 pour une série sur la ville de Sète à l’occasion du festival « ImageSingulières ». Ce travail a débouché sur une exposition et un ouvrage aux éditions du Bec en l’air.

Ses photographies ont intégré de grandes collections publiques telles que la Bibliothèque Nationale de France, le centre national de l’audiovisuel du Luxembourg et le musée d’art moderne de San Francisco.

Les projections commentées

 

Claudine Doury, l’adolescence questionnée

Depuis « Sasha », la série qu’elle avait consacrée à sa fille sur un mode intimiste et onirique, proche du conte de fées, Claudine Doury n’a de cesse d’interroger l’adolescence dans tout ce que cet âge intermédiaire comporte de violence et de fragilité. C’est ce moment si singulier de métamorphose, de crise et d’affirmation de soi que l’artiste s’acharne à décrypter. Autre thématique de son travail : le voyage, avec la Russie dans la focale. « D’œuvre en œuvre, la Russie est devenue le studio photographique de Claudine Doury et l’entre-deux âges qu’est l’adolescence ou la toute jeunesse, son questionnement principal », écrit ainsi la critique Dominique Baqué.

Photographe française basée à Paris, membre de l’agence VU et représentée par la Galerie Particulière à Paris et à Bruxelles, Doury exerce d’abord le métier d’éditrice photo pour Gamma, Contact Press et Libération. C’est en 1989 qu’elle franchit le pas et devient elle-même photographe. Un choix judicieux, puisqu’elle reçoit le prix Leica Oscar Bamack en 1999 et un World Press Award la même année pour son travail sur les peuples de Sibérie qui donne lieu à la publication de sa première monographie aux éditions du Seuil. En 2004, elle obtient le prix Niépce pour l’ensemble de son œuvre tandis que son second ouvrage, Artek, un été en Crimée, paraît aux éditions de la Martinière. À la suite de son voyage dans l’Asie centrale post-soviétique et dans la région autonome chinoise du Xinjiang, elle publie ensuite aux éditions du Chêne Loulan Beauty (2007), « l’histoire d’une lente disparition dans les sables et dans le temps », comme elle le confie alors. Suivront Sasha aux éditions du Caillou bleu (2011) puis L’Homme nouveau, qui interroge l’identité masculine, aux éditions Filigranes (2017).

Ses travaux sont régulièrement exposés en France et à l’étranger, que ce soit au Parc de La Villette (Paris), aux Rencontres d’Arles ou à la Villa Pérochon (Niort). Ses photographies figurent au sein de prestigieuses collections privées et publiques dont le FNAC (Fonds national d’Art Contemporain), le musée de l’Élysée à Lausanne, le musée de la photographie à Braga, et les artothèques de La Rochelle et de La Roche-sur-Yon.

Vendredi 16 mars 2018 à 20h salle polyvalente de Pomerol

Steeve Luncker, le photographe des limites

Né en 1969 en Suisse, Steeve Luncker vit et travaille à Genève. Photographe de presse, il tourne son objectif sur les tabous liés au corps, au sexe et à la mort, comme en témoigne son récent travail sur la Brigade du commissariat de la Police de Genève, l’Institut universitaire de médecine légale et les Pompes Funèbres. Attiré par les sujets radicaux, il entreprend aujourd’hui une série sur les villes des superlatifs en débutant par « la ville la plus froide du monde » en Sibérie. Son leitmotiv ? Accepter de voir la réalité en face, être responsable et lucide.

Autre thème de prédilection de Luncker : l’adolescence. Il a ainsi mené une recherche de plusieurs années sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, en interrogeant notamment l’absence de rites clairement identifiés dans nos sociétés laïques, ainsi que les prises de risques propres à cet âge et le flirt avec les limites. L’objectif étant d’esquisser un portrait intime et nuancé d’une jeunesse en quête de soi.

Récompensé du prix Nicolas Bouvier en 2012 et du prix photo du Muséum National d’Histoire Naturelle en 2013, son travail a déjà fait l’objet de nombreuses expositions et de trois monographies : Levées de corps (aux éditions Labor et Fides) qui interroge la mort hors du contexte habituel de l’hôpital et de la famille ; À jeudi, 15 h (éditions du Bec en l’air, 2012) qui retrace ses rendez-vous réguliers avec un malade du sida en phase terminale ; et Se mettre au monde (Bec en l’air, 2012) qui décrit la traversée mouvementée qu’est l’adolescence.

Vendredi 16 mars 2018 à 20h salle polyvalente de Pomerol

Patrick Zachmann, en quête d’identités

Patrick Zachmann est né à Choisy-le-Roi en 1955 et vit à Paris. Attiré par les sujets au long cours, il explore diverses communautés humaines en cherchant à comprendre leur identité et leur culture. C’est ainsi qu’en 1982, il se plonge dans l’univers violent de la camorra napolitaine avant de réaliser un reportage, deux ans plus tard, dans les quartiers nord de Marseille auprès de jeunes issus de l’immigration. Après un travail de sept ans sur l’identité juive, le voici qui photographie en 1989 les événements de la place Tian’anmen à Pékin. Sa couverture bénéficie alors d’une large diffusion par la presse internationale. Dans la foulée, Zachmann approfondit sa connaissance de la Chine en se consacrant pendant six ans à une étude de la diaspora chinoise à travers le monde, qui aboutit à la publication d’un livre salué par la critique : W. ou l’œil d’un long-nez (1995). Utilisant indifféremment le noir et blanc ou la couleur, il n’a qu’une obsession : ne pas se répéter.

Membre de l’agence Magnum depuis 1990, Patrick Zachmann est également connu pour ses documentaires qui viennent parfois compléter ses propres sujets photographiques. Bar Centre des Autocars, réalisé de 2006 à 2008, revient ainsi sur les dix jeunes issus de l’immigration qu’il avait photographiés à Marseille vingt ans auparavant. Avec Allers-retours, journal d’un photographe, il obtient le Grand Prix du Festival International du Documentaire et de la Création vidéo de Pampelone en 2002. Et plus récemment, en 2014, Mare Mater a concouru dans la sélection officielle du Film Documentaire à Lussas.

Parmi les nombreuses récompenses pour ses travaux photographiques, citons le prestigieux Prix Niépce obtenu en 1989, et le Prix Nadar 2016 pour le livre So long, China paru aux éditions Xavier Barral.

Samedi 17 mars 2018 à 19h30 salle polyvalente de Pomerol

Les expositions

 

Mélanie-Jane Frey (Maison des associations de Pomerol)

Mélanie-Jane Frey est une photographe précoce. À 13 ans, elle achète son premier appareil photo, et à 17 ans, la voici qui décroche sont premier travail pour la presse. D’abord stagiaire à l’agence Magnum à Paris, puis correspondante à Rome et au Vatican, elle apprend les rudiments du métier de photojournaliste auprès de la presse internationale.

Après vingt ans de photojournalisme, elle se consacre maintenant à un travail personnel artistique, en repoussant constamment les limites de la prise de vue et des procédés d’impression en jouant avec toutes les techniques et matériaux à sa disposition. Depuis 2013, sa technique de prédilection est celle des ambrotypes, à savoir des négatifs sur plaques de verre au collodion humide, un des premiers procédés photographiques qu’elle utilise de manière décalée pour parler du monde d’aujourd’hui. Tout récemment, la photographe s’est lancée dans un travail en couleurs au Polaroïd pour interroger la fugacité du souvenir et la lutte pour retenir l’instant présent.

Sa série « Cello », qui joue avec les ondes musicales, ainsi que ses portraits de photographes de guerre, sont exposés dans le monde entier et ont reçu de nombreux prix.

Maison des associations de Pomerol

Pascal Peyrot (syndicat viticole)

Appareils argentiques, mais aussi numériques, ou même smartphones, Pascal Peyrot collectionne appareils et matériel photo pour son plaisir, mais aussi « pour valoriser le patrimoine français ». Après l’acquisition de son premier Reflex (un Ricoh XR2S) à la fin des années 80, puis l’achat de quelques boîtiers trouvés ici et là, cet « iconomécanophile » court les brocantes et les vide-greniers pour enrichir son trésor. Aujourd’hui, il possède quelque 900 pièces, dont la plupart sont visibles au Musée Atelier de la Photographie qui a vu le jour il y a un peu plus d’un an dans la Villa Maglya de Beautiran. Loin de se vouloir élitiste ou trop technique, ce musée est avant tout destiné au grand public. Comme Pascal Peyrot aime le dire, « les gens sont heureux de pouvoir y retrouver des appareils vus dans leur jeunesse, car si tout le monde n’a pas eu l’occasion de tenir un Leica, tout le monde a eu un Kodak ! »

Syndicat viticole de Pomerol

Philippe Roy (Marie de Pomerol)

Coup de froid sur Pomerol avec l’exposition « Norvège 2017 » de Philippe Roy. Bien connu dans le paysage libournais pour son travail de photographe viticole, ce globe-trotter a longtemps sillonné la planète, de la Chine à Cuba en passant par l’Océan Indien… et la Scandinavie. Son premier voyage en terre viking date de 1977. À cette époque, il doit réaliser son tout premier reportage pour l’agence photo Explorer. Ce qui ne l’empêche pas d’entreprendre, en parallèle, un travail personnel en noir et blanc sur les paysages norvégiens. Au retour, c’est la déception : en raison des intempéries, les négatifs sont presque inexploitables. Quarante ans plus tard, en 2017 donc, Philippe Roy et sa compagne sont repartis durant quatre mois sur les traces de ce premier voyage, avec l’idée de refaire un reportage intime sur ces paysages qui le hantent.

Mairie de Pomerol

Les conférences

  • Patrimoine photographique et transmission (Françoise Denoyelle et Pierre Ciot)

  • Françoise Denoyelle est historienne et professeur des universités. Elle a initié une histoire économique et industrielle de la photographie et publié une trentaine d’ouvrages sur le sujet, dont Studio Harcourt (1992), Le Siècle de Willy Ronis (2012) et tout récemment André Malraux, Portraits (2017). Elle fut par ailleurs présidente du collectif de photographes « Le Bar floréal Photographie » et préside l’association de défense des donateurs et ayants droit de l’ex-patrimoine photographique devenue depuis 2011 l’association pour la promotion des fonds photographiques.

  • Pierre Ciot est auteur photographe et reporter photographe indépendant, membre du collectif de photographes Act / Photographie diffusé sur Divergence-Images, au sein duquel il poursuit la réalisation de reportages sur l’actualité politique, sociale, culturelle et économique dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pierre Ciot a notamment été, en 1980, lauréat du prix « Air France / Ville de Paris ». En l’an 2000, sa série de 2000 portraits de personnes nées dans la cité phocéenne a donné lieu à un livre aux éditions Parenthèses sous le titre Nés à Marseille.

Samedi 17 mars 2018 10h30 maison des associations de Pomerol

  • Henri-Cartier Bresson vu par Pierre Assouline (projection du film suivi d’un débat)

Pierre Assouline est journaliste et écrivain, blogueur de « La République des livres ». Il est l’auteur de dix romans (le plus récent étant Retour à Séfarad paru en janvier 2018) et de dix biographies, dont L’œil du siècle sur Henri-Cartier Bresson, photographe majeur pour lequel il réalisa un film diffusé sur Arte, Le Siècle de Cartier-Bresson. À 59 ans, Assouline signait là son premier documentaire autour de l’œuvre de ce maître du noir et blanc. Ce film, à la forme très originale, est entièrement composé d’images saisies par l’objectif du photographe et de bribes d’interviews que Cartier-Bresson aura accordées tout au long de sa vie. Parmi les thèmes abordés, sa fidélité au surréalisme, sa passion pour le dessin, la guerre et ses prisons, mais aussi les amis et les femmes qui ont croisé son œil. Rappelons que Cartier-Bresson reste l’auteur de la seule photo reproduite dans la fameuse Histoire de l’art d’Ernst Gombrich et celui de la première photo jamais exposée au Louvre.

Samedi 17 mars 2018, 15h30 maison des associations de Pomerol

Sans oublier…

  • Les balades photographiques proposées par Christian Bellavia :

Christian Bellavia est un photojournaliste expérimenté qui a longtemps collaboré avec le quotidien Libération. Passionné de pédagogie, il propose des stages pour permettre à chacun d’acquérir un langage photographique personnel. Son leitmotiv ? Exprimer ses émotions car, dit-il, « une photographie chargée de sensibilité sera toujours plus puissante qu’une image techniquement parfaite mais vide de sens ». Le stage dure 3 h 30 et comprend un temps de présentation, une balade variant suivant le thème, et l’analyse de vos images sur ordinateur.

  • Le cabinet de curiosités présenté par Romain Petit Carrere et Anaëlle Berroche (Collectif NEA) :

  • Romain Petit Carrere est sculpteur sonore. Après un long cursus au Conservatoire de musique, il élabore une pratique hybride en exploitant le champ contemporain de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur). Depuis 2006, il invite son auditoire à se projeter dans un paysage vibratoire.

  • Anaëlle Berroche est une photographe plasticienne diplômée en 2012 de l’École supérieure des beaux-Arts de Nîmes. Elle crée, détourne, module l’image pour mettre en exergue l’absence, l’impalpable, en cherchant à provoquer une forme d’introspection et de réflexion.

Tous deux ont mis en commun les spécificités de leurs disciplines pour créer une œuvre mixte capable de saisir l’insaisissable et de questionner notre existence. Intitulé « Cosmos », leur cabinet de curiosités invite le public à pénétrer dans un espace obscur où chaque sens est confronté à diverses matières. Des objets coexistent auprès de photos qui explorent l’infiniment petit et fixent les limites de l’immensément grand.

  • L’expo dans le vignoble (collectif Divergence) :

En 2004, une poignée de photographes décident de faire un pied de nez aux canaux traditionnels de diffusion et se lancent dans la gestion d’un site Internet pour la promotion de leur travail. L’association « Divergence » était née. À Pomerol, ses membres proposeront un parcours photo dans les vignobles sur le thème de l’enfance (du 11 mars au 15 avril).